Little Buddha est-il (seulement) création médiatique ?
par Marc Bosche




राम बम्जन
Le
"little Buddha" du Népal, 2006, vu de loin en
digital video,
il
ne s'agit pas pour autant de cinéma...
"Ne concluez pas trop vite que l'aventure spirituelle serait impossible", c'est ce que semble vouloir nous montrer un nouveau venu qui fait beaucoup parler de lui, sans dire un mot : on l'appelle déjà little buddha, et ce n'est pas un film...
Little
buddha existe,
je l'ai vu
à
la télé !
(Palden Dordjé, ou राम
बम्जन
Ram
Bahadur Bomjon de son nom religieux, parfois aussi transcrit : Ram
Bahadur Banjan )
J'ai illustré le site de deux photos du "little buddha" du Népal, ce jeune homme (Ram Bomjon) qui médite en samadhi depuis huit mois au pied d'un arbre. On pourra trouver la photo ci-dessus sur cette présente page d'accueil.
En effet la terrible passion religieuse, l’attention énorme portée sur lui, le cercle des curieux autour des deux cercles concentriques de clôtures risque de constituer des obstacles difficiles… Difficile de ne pas se sentir assiégé, il lui faut vraiment une sérénité à toute épreuve…
Mais je dirais que dans l’ensemble cette histoire reste encore intéressante, même si elle risque de verser progressivement dans le sensationnel et ses illusions.
Oui, comme me le disait une amie sur son blog (T., vous vous reconnaîtrez !) la réflexion, c’est peut-être ce qui manque à la force de cette juvénile expérience qui est désormais rendue médiatique…
Mais je garde mon crédit à ce jeune homme, c’est tout ce que je peux lui donner pour l’accompagner, pas grand chose donc : j’essaye juste de voir son pari méditatif de manière positive.
Décidément
notre “little buddha” fait couler beaucoup
d’encre
!Je veux dire par là que ce garçon est net, qu'il
n'est
encore mouillé dans aucun scandale, et que personne n'a eu
à
souffrir de lui, de ses choix, de ses paroles, ni de ses actes. C'est
lui qui prend des risques, il n'en fait pas prendre à
d'autres
en son nom.
Alors je
n'ai aucune raison de
lui refuser le crédit qu'on doit a priori à toute
personne qui se lance, qui essaye, qui prend des risques personnels
pour une cause somme toute estimable et respectable. Et en plus sa
jeunesse fait que je me dois de le traiter avec des égards,
car en plus il a le droit à l'erreur. A seize ans, il a le
privilège de pouvoir essayer, sans que ce ne soit a priori
suspect.
Il a seize ans, et je lui laisse le privilège du doute, et même le droit à un peu d’orgueil lorsqu'il donne des conseils à ses proches sur leur alimentation (il leur a conseillé de s'alimenter de manière végétarienne). Il ne demande ni argent, ni reconnaissance, ni pouvoir : il a commencé tout seul dans cette jungle sombre et un peu hostile, avant d’être rattrapé par la fascination des hommes (il paraît même que la forêt a été défrichée progressivement autour à cause de l’engouement que sa présence a amené).
Sa méditation est publique certes, mais il ne l’a pas recherché. Il est moins public qu’un tulkou qui se hisse sur un trône pour répéter les leçons apprises de son précepteur. Il est assis au creux des racines de cet arbre, en toute simplicité. J’ai une certaine sympathie pour cet esprit des débutants ou des novices qui soulève les montagnes.
Bien entendu le devenir et la caisse de résonance de cette aventure sont des incertitudes supplémentaires pour le jeune méditant. Je crains aussi pour sa santé.
Mais cela ne me déplait pas quand quelqu’un fait quelque chose sans calculer, sans discours, sans blabla. Just sit and meditate : juste s’asseoir et méditer. C’est aussi une belle leçon qu’il donne à tous les bavards dans mon genre.
J’aime bien aussi qu’il ait eu envie de tenter l’aventure du bouddha, lui-même, avec sincérité et en s’engageant vraiment, je respecte cela. J’ai tendance à dire “respect, Monsieur”. Il a dit d'ailleurs qu'il n'était pas un bouddha, et qu'il aspirait à devenir un "bodhisattva"...
A titre personnel j’apprécie le fait que ce jeune homme s’est lancé tout seul, qu’il a été rattrapé par la fascination des autres, mais qu’il continue quand même son chemin seul. Je veux dire par là qu’il n’est pas dans un centre de retraites collectives, qu’il n'a pas besoin de la visite d’un "gourou" pour poursuivre ou orienter son expérience, et qu’il compte sur ses forces et sur la présence d’un jeune parent pour l’assister et tenir à bonne distance les curieux. Le soir à 5 heures, un rideau est placé afin qu'il soit soustrait à la vue du public, et cela jusqu'à 5 heures du matin.
Je
pense que c’est une bonne chose aussi que sur les forums de
sensibilité bouddhiste on montre aujourd’hui les
aspects
illusoires, fascinants de ce phénomène cultuel et
médiatique.
Ce jeune garçon qui médite au
départ sans soutien institutionnel (et qui rallie
aujourd'hui
de nombreux admirateurs inévitablement), montre bien que la
pratique du bouddhisme dépend des qualités de la
personne, des conditions de l'environnement aussi, et que
l'intercession d'un maître spirituel n'est pas un passage
obligé. Mais, il semble que la fascination soit telle qu'un
nouveau culte émerge actuellement. Ce qui risque de
déranger
ce méditant, ou de l'assiéger
littéralement de
passion et d'attention dont il se passerait sans doute fort bien. La
chaîne de télévision Fr2 a
consacré un
reportage d'envoyé spécial à ce sujet
et sans
doute certains l'ont vu aussi à la
télévision
récemment.




Photo
: jeune
homme âgé de 16 ans, surnommé
affectueusement
"little buddha" par le voisinage,
méditant
en samadhi au pied d'un arbre depuis 8 mois, au Népal,
à
300 kms environ au Sud de Kathmandu, 2006.
Aujourd'hui, sans doute las de la publicité et de la
pression
médiatique et mercantile, Ram Bahadur Bomjon a
"déménagé"
vers des contrées plus tranquilles, lointaines et profondes
de
la jungle népalaise, loin des lamaseries, des
échoppes
de souvenirs et des objectifs des caméras vidéo,
juste
accompagné de quelques proches, afin de poursuivre plus
tranquillement son aventure spirituelle sans la dénaturer...
Comme on le devine peut-être
(?) sur la photo ci-dessus notre
little buddha sort de
temps à autre de l'absorption profonde pour ouvrir les yeux,
sourire un instant comme s'il passait d'une expérience de
réalité à une autre, et revient vers
le samadhi.
Personnellement
je ne suis pas convaincu qu’il ne
mange, ni
ne boive, ni n’aille à la toilette comme il est
hélas prétendu. Il le fait sans doute moins, et moins souvent que vous et moi, cela c'est très probable.
Mais la question de savoir s'il se nourrit ou s'il se réhydrate est sans doute secondaire d’un point de vue des idées ou de son message d’éveil spirituel, même si elle devient un sujet aussi de fascination pour les medias. En tout état de cause quand il s'alimente ou se réhydrate (ce qui serait bien normal d'ailleurs et sans doute indispensable !) il semble le faire très discrètement, au point que personne ne le voit ni boire, ni manger, ni aller à la toilette.
Cette question de l'absence ou non d'alimentation et d'hydratation du little buddha qui a été mise en avant par les médias est à mon sens un angle marketing pour accrocher l'attention, mais ne constitue pas l'essentiel de cette aventure spirituelle individuelle.
A
titre personnel cela me fait plaisir de voir que l'aventure
authentique de la méditation reste possible sans aucune
interface institutionnelle, même si de nouveaux marchands du
temple sont déjà aguichés par le
nouveau jack
pot d'un "bouddha vivant" et que le monastère local
est fier de cette nouvelle légitimité (c'est tout
à
leur honneur) et de cette nouvelle pertinence en s'associant
à
l'initiative individuelle du jeune homme en méditation...
Les médias occidentaux aussi, qui vendent de l'espace
publicitaire aux annonceurs, se saisissent aujourd'hui de cette
nouvelle insolite. Histoire de prendre le train de l'éveil
en
marche pour gagner quelque argent avec la fascination collective pour
celui... qui a justement renoncé à l'argent.
La force et le courage discret de l'initiative de ce très jeune homme sont des facteurs encourageants, et - éveil complet, relatif ou conscience ordinaire au bout de son chemin - il nous a déjà tous fait avancer par son exemple si modeste et si humain. Le tout est qu'il ne force pas et garde sa santé. Car même au nom de l'éveil, la préservation de la vie reste toujours la priorité.
Franchement il m’a "épaté", et c’est agréable aujourd’hui d’être étonné par tant de simplicité. En revanche son statut d'enfant de milieu modeste, issu d'un pays pauvre lui vaut sans doute la condescendance d'Occidentaux en quête d'une image idéale du bouddhisme, ou plutôt d'une image statutaire, valorisante de cette quête spirituelle. Le modeste lieu de méditation dans la forêt, la robe de coton un peu passée, la fine poussière sur le corps, l'entourage humble de ses voisins qui le soutiennent et le protègent des intrusions, agissent sans doute inconsciemment pour repousser certains Européens. Ils ont recours à une certaine dévalorisation du jeune homme népalais, allant jusqu'à réduire (je l'ai lu), ses qualités à celles de l'arbre qui l'abrite, ou à invoquer l'argument de la foire à la spiritualité, de l'exploitation commerciale pour le déconsidérer, non sans une certaine cruauté. En réalité c'est un peu des rapports pays riches / pays pauvres qui se jouent ici. Des Européens des classes moyennes considèrent le bouddhisme comme un signe de standing et de distinction sociale en Occident. Alors ne voient-ils pas (sans sans rendre compte) d'un mauvais oeil cet enfant asiatique issu d'un milieu modeste et d'un pays pauvre s'asseoir spontanément plus de douze heures par jour en samadhi sous un arbre ? Pour les Occidentaux des pays riches, en dépit de leurs gadgets de méditation, de leurs coussins spéciaux, de leurs centres du dharma clinquants, le "samadhi" c'est encore une promesse vague, et l'éveil juste un sujet de conversation sur les forums... Cet adolescent asiatique qui pratique aisément et dans une pauvreté totale est pour eux, et leur coeur parfois desséché par le confort, une terrible gifle. Ou plutôt le jeune Népalais leur tend un miroir étincelant pour qu'ils s'y voient, mais ils n'aiment pas le reflet peu flatteur et très exact qui leur est ainsi restitué.
Alors je croise les doigts pour que son aventure lui apporte le meilleur, et pour que le reste lui soit épargné, c’est un voeu pieux, mais ne faut-il pas se laisser étonner par les jeunes, lorsqu’ils manifestent beaucoup de mérite et de courage ?
Et puis quand il en aura assez de la foire autour, il fera le nécessaire : s’arrêter, continuer, déménager un peu plus loin des projecteurs et des admirateurs… Pas si facile… Il verra bien…
राम बम्जन
Pour en savoir davantage lire l'article détaillé de Wikipedia (en anglais, et qui comporte en-bas de sa notice de nombreux liens utiles) :
http://en.wikipedia.org/wiki/Ram_Bonjom
Et ces articles trouvés sur des sites et des blogs francophones :
http://www.marianne-en-ligne.fr/exclusif/virtual/bizarre/e-docs/00/00/52/49/document_web.phtml
http://www.planetpositive.ch/version_2_0/news/articles/1560/des_nouvelles_de_ram_bahadur_bomjon.html
http://french.epochtimes.com/news/5-11-30/3074.html




Et pendant ce temps राम बम्जन Ram Bahadur Bomjon (Palden Dordjé) médite...


